LA COOPERATION Elément moteur d’une économie repensée

LA COOPERATION Elément moteur d’une économie repensée

Et revoilà la Minute ESS : un concept de l’économie sociale et solidaire expliqué par un doctorant spécialiste en la matière…

Certains disent “l’Humain d’abord!”, d’autres s’exclament “une économie qui a du sens!”. Tous font écho à une aspiration majeure : repenser l’économie en l’envisageant plus humaine, plus juste, plus tournée vers l’intérêt général, pour mettre de côté une économie dirigée vers le profit individuel. On retrouve aujourd’hui ces revendications dans des organisations économiques telles que les associations ou les coopératives. Dans ces organisations dites de l’ESS, le profit ne sert pas l’intérêt de quelques actionnaires. Au contraire, il est ré-investi dans l’organisation, pour servir son développement. Ce n’est donc pas la recherche du profit personnel qui guide l’engagement, mais la réussite du projet collectif. En fait, coopératives et associations structurent l’ensemble de leur fonctionnement autour de la coopération. Ainsi, au sein de ces organisations : une personne égale une voix. Ce n’est pas la détention de capital qui détermine le pouvoir, mais l’engagement dans le projet. Ce sont donc des organisations démocratiques. Et organisées de façon démocratique, elles servent l’intérêt collectif des membres qui sont engagés. Quelles sont les racines de ces pratiques coopératives dans l’économie ? Historiquement, si la coopération a toujours existé, elle a connu son heure de rayonnement en France avec le mouvement de l’Associationnisme ouvrier, qui pris forme au début du XIXème siècle. Ce dernier s’est structuré dans le terreau de la paupérisation ouvrière, qui a entraîné des pratiques de solidarité et de coopération entre ouvriers. Fondé sur la nécessité de répondre à des problématiques sociales et économiques, le mouvement associationniste s’est peu à peu mué en mouvement revendicatif, puisant son militantisme politique dans la critique des inégalités sociales, et dans la critique d’une économie de marché foisonnante et destructrice. Véritable laboratoire d’expérimentations économiques, le mouvement associationniste a fait naître des pratiques démocratiques particulièrement vives et fertiles, débouchant sur les premières organisations d’éducation populaire, et sur les premières coopératives de production. L’échange, le débat, la négociation, et le dialogue régissent les prises de décision interne. L’information est partagée, les enjeux discutés, et la décision est prise collectivement. Au milieu du XIXème siècle, les pratiques coopératives en France sont à leur apogée.  Ouvriers et républicains s’allient, et les revendications citoyennes se multiplient. Les ouvriers  réclament une République sociale et le droit de s’associer entre eux pour jouir directement du bénéfice de leur travail. Les idées associationnistes s’affirment alors au grand jour. L’ordre conservateur, libéral et capitaliste se voit alors menacé, et les acteurs du mouvement associationniste sont éradiqués. Cette histoire associationniste nous enseigne deux choses. D’abord, il est possible d’étendre la coopération et donc la démocratie à toutes les sphères de notre société (éducation, consommation, production…). Ensuite, il apparaît que la coopération dans l’économie est le fruit d’une aspiration politique, qui ne se reconnaît pas dans le modèle de développement économique marchand et capitaliste. La coopération dans l’économie est donc une remise en question des pratiques capitalistes. C’est une première main tendue à la démocratisation de la société, à condition qu’elle ne soit pas seulement un écran de fumée discursif, mais bien une pratique citoyenne quotidienne, guidée par un horizon de transformation sociale : l’approfondissement et l’extension de la démocratie.

>> Merci à Geoffrey Volat pour cet article <<

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